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1949. La Révolution communiste entraîne la Chine dans le nationalisme et bientôt dans une politique expansionniste dont le Tibet est rapidement la victime. A une
rapide guerre frontalière en 1950 succède l'occupation chinoise du Tibet, sous le regard passif des grandes puissances et instances internationales comme l'ONU. Les motifs de cette annexion sont
nombreux : le haut plateau tibétain, dont l'altitude oscille autour de 4OOO mètres, est entouré de chaînes montagneuses où se situent les sommets les plus élevés du monde. Cette forteresse
naturelle se trouve au centre géographique de l'Asie, et de là partent ses plus grands fleuves ! Cette position difficile et stragtégique, ses réserves en eau, en ont fait depuis toujours un lieu
très redouté et convoité. Ce que prouve l'histoire. Mais d'autres motifs apparaissent : ses richesses minières inexploitées, ses immensités vides si propices à l'installation de poubelles
atomiques et de centres de fusées... La faible population tibétaine, 5 à 6 millions d'êtres, et son inexsitence militaire en comparaison de la Chine, en faisaient une proie rêvée !
1959. Le XIVème Dalaï-Lama, chef d'Etat du gouvernement tibétain et chef spirituel de l'école Gelugpa, fuit en Inde après avoir cherché pendant 9 ans une solution négociée à la
crise. Il établit à Dharamsala un gouvernement tibétain en exil.
1966. Mao Tse Toung lance la Révolution culturelle dans l'ensemble de la Chine. L'objectif est de détruire le monde ancien et de créer un monde nouveau. Les gardes rouges ont
pour mot d'ordre de détruire la culture traditionnelle. La tragédie tibétaine commence : les Tibétains doivent se couper les cheveux, abandonner leurs vêtements colorés et revêtir l'austère
uniforme maoïste, et ce sont plus de 6 OOO monastères, lieux de culte et ermitages qui sont détruits. Les sculptures de Bouddha sont envoyées en Chine pour être fondues. On
assiste à un gigantesque ethnocide organisé, c'est-à-dire à la destruction systématique de la culture tibétaine, accompagnée de la rééducation de ceux qui s'y opposent : plus de 2OO OOO moines et
nonnes sont emprisonnés, torturés, massacrés. Le XIVème Dalaï-Lama dénonce auprès des Nations Unies l'ethnocide tibétain, et prône la non-violence dans son
combat pour l'autonomie du Tibet. Il reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1989.

Et aujourd'hui
?
Si des discussions entre des émissaires du Dalaï Lama, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, avec des représentants du gouvernement chinois ont débuté en 2002, aucune négociation directe entre le Dalaï
Lama, son gouvernement en exil et le gouvernement chinois n'a encore débuté.
Aujourd'hui en Chine, le culte bouddhiste tibétain de l'école Gelugpa est officiellement autorisé par le gouvernement central, même à Pékin dans le très ancien temple de Yonghe. Cependant, de
nombreuses associations internationales dénoncent une répression de la religion au Tibet, comme l'illustre, par exemple, la détention en résidence surveillée du jeune Panchen Lama, Gedhun Choekyi Nyima, en 1995, la destruction en 2001 de l’institut bouddhiste de Serthar fondé par Khenpo Jigme Phuntsok mis en résidence surveillée et
disparu dans des circonstances douteuses, ou encore la condamnation à une peine de prison à vie de Tenzin Delek Rinpoché en 2005. La plupart des grands maîtres du Bouddhisme tibétain ont été
contraints de s'exiler, comme l'ont illustré la fuite de Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoché en 1998 et celle à la veille de l'an 2000 du 17e Karmapa, Trinlé Thayé Dorjé.
Depuis, les grands maîtres spirituels tibétains en sont venus à reconnaître que, s'ils ne retrouvent pas le Tibet en une génération, la Connaissance
Sacrée (le Dharma : les enseignements du Bouddha) peut décliner et disparaître ! A cet égard, le destin tragique du Tibet a fait l'avantage du reste du monde.
On assiste alors depuis les années 7O au point de convergence entre Orient et Occident, c'est-à-dire à l'établissement du Dharma en Occident.
Il y a là pour l'Occident dévitalisé par plusieurs siècles de scientisme et de matérialisme une occasion inouïe de retrouver un lien avec la spiritualité authentique. En effet, comme l'écrit John Blofeld : "Ce qu'offre [le bouddhisme tibétain] n'est pas un retour à la religion sous une forme orientale exotique, mais un retour à la sagesse
qui précède toutes les religions, et qui a été déformée, surchargée et cachée par des siècles de religiosité égarée. Si cette sagesse, ou les moyens de la réaliser, est ici présentée selon la
tradition tibétaine, c'est que, par suite d'une combinaison de circonstances géographiques et historiques , la connaissance du chemin qui y mène a mieux été préservée au Tibet qu'ailleurs. Le
Tibet, tel qu'il était jusqu'à la récente invasion communiste, restait le dernier lien encore vivant avec le monde ancien -à l'exclusion des poches de culture primitive trouvées çà et là en des
lieux inaccessibles. (...) Le savoir préservé jusque dernièrement dans les grands monastères du Tibet est, dans sa majeure partie, d'une complexité extrêmement élevée." In Le bouddhisme
tantrique du Tibet, (Paris, Ed. du Seuil, 1976, p. 21-22)
Chérab Tendrel