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Qu’est-ce que l’initiation dans le bouddhisme tantrique tibétain ?

Le Vajrayâna ou Voie tantrique ne peut être pratiqué si l’on ne reçoit pas d’abord une transmission rituelle qui en confère le pouvoir et qui s’appelle : l’abhiseka , terme sanskrit que l’on trouve la plupart du temps traduit par « Initiation ».

L’initiation est le rite le plus important de l’ascèse bouddhique. Mais il ne faut pas entendre par « initiation » un événement unique introduisant une fois pour toute le disciple dans la Voie.

Le mot sanskrit abhiseka signifie littéralement : « baptême par l’eau » mais plus qu’au baptême chrétien, c’est à la communion que se rapporterait le plus le rite de l’initiation, si l‘on voulait prendre pour élément de comparaison les rites catholiques. En effet, de nombreux tibétains parlant anglais utilisent le mot « sacrament », les sacrements, pour parler de l’abhiseka.

Le rite de l’abhiseka ou de l’initiation, qu’il ne faut pas confondre avec une simple cérémonie, a en effet une dimension magique au sens où il a une influence spirituelle ou subtile (djinlap en tibétain, adhisthana en sanskrit) sur le disciple à qui il est conféré.

Comparée à une graine plantée dans l’esprit du disciple, l’initiation crée en lui les conditions propices pour sa transformation intérieure sur la Voie du Vajrayana. Ce qui signifie, encore une fois, qu’une initiation est absolument nécessaire à la pratique du vajrayâna !

Seuls les grands maîtres ou gurus sont aptes à conférer une initiation. Les qualités requises du maître sont les suivantes : il doit prendre soin de ses vœux, être motivé par l’amour et la compassion, posséder la connaissance des tantras, avoir accompli lui-même une retraite spirituelle et maîtrisé les signes d’accomplissement de la pratique correspondante au niveau du tantra qu’il confère. Le disciple lui-même doit être un réceptacle pur, mû par la motivation de la bodhicitta et la dévotion, et doit s’engager à préserver les vœux spécifiques à l’initiation.


 Les quatre étapes d’une initiation


Une initiation comprend sous sa forme complète quatre subdivisions appelées les « quatre initiations » : 1) initiation du vase 2) initiation secrète 3) initiation de la connaissance-sagesse 4) initiation du mot précieux.

Pour conférer l’initiation, le maître entre dans le samadhi de la déité dont il donne l’initiation et utilise différents objets rituels porteurs d’un sens symbolique, ainsi que certaines substances spécifiques préparées à cet usage.

Avant de conférer le rite proprement dit, est offert au maître un mandala de sables colorés, c’est-à-dire une représentation de l’univers avec son centre et ses quatre directions, ce qui symbolise pour chacun dans l’assistance le don complet de lui-même et de tout ce qui constitue son univers individuel.

Le premier instrument du rite de l’initiation proprement dit, c’est une aiguière, contenant de l’eau préalablement consacrée par le maître et à laquelle sont ajoutés certains éléments tels que la cardamome, la poudre de bois de santal, du safran... Cette eau consacrée contient le corps de la déité et ceux des déités du mandala ainsi que des boddhisattvas masculins et féminins. L’absorption de cette eau d‘ablution, chargée d’un pouvoir particulier, a pour but de nettoyer, de purifier le corps du disciple -les composants psycho-physiques de sa personne. Simultanément, le disciple reçoit la bénédiction des cinq familles de bouddhas. C’est l’initiation du vase, par laquelle le disciple reçoit le pouvoir de pratiquer la phase de création de la déité (la visualisation), autant dire le pouvoir de se méditer sous la forme du corps de la déité, et conduira, ultimement, à réaliser le nirmanakaya ou corps d‘émanation.

Puis vient l’initiation secrète, aussi appelée « initiation de la parole » de la divinité, qui a pour support le corps du maître lui-même. Le maître assume dans sa visualisation la forme de la déité d’où s’écoule un nectar de boddhicitta qui vient s’unir à l’ambroisie (amrta en sanskrit), un alcool consacré contenu dans une calotte crânienne. Ce crâne humain a une signification fondamentale dans un rite tantrique : celle de briser la prison du désir-attachement et de la répulsion. En recevant l’ambroisie, le disciple reçoit la bénédiction de la parole de la déité. Les fautes et les voiles afférents à la parole (obscurcissements verbaux) sont purifiés. La bénédiction est donc donnée à l’organe de la parole afin que celui-ci ne prononce que des mots de sagesse et de vérité. Simultanément, le disciple reçoit le pouvoir de réciter le mantra de la déité, ce qui permettra, ultimement, de réaliser le sambhogakaya ou corps de gloire.

 Alors vient l‘initiation de la connaissance-sagesse, qui a pour support la félicité de l’épouse mystique de la déité. Du cœur des déités en union jaillit une lumière qui touche le disciple, purifiant ainsi les fautes et les voiles afférents au mental (obscurcissements de l’esprit). Le disciple reçoit alors la bénédiction de tous les bouddhas, qui donne le pouvoir de méditer sur l’union de la félicité et de la vacuité. Il reçoit simultanément le pouvoir de pratiquer la phase d’achèvement qui comprend la pratique du yoga de la Candali avec une karma mudra et gagne la capacité qui permettra, ultimement, de réaliser le corps absolu ou dharmakaya.

La quatrième et dernière initiation est celle du mot précieux. Elle prend pour support la sagesse primordiale et consiste à montrer, à l’aide de symboles (cristal miroir, etc.) expliqués en peu de mots, la nature ultime de l’esprit (le mode d’être ultime de l’esprit et de tous les phénomènes). Son impact se situe au niveau de la simultanéité : purification simultanée des fautes et des voiles du corps, de la parole et de l’esprit ; pouvoir de méditer simultanément son corps comme celui de la divinité, sa parole comme le mantra, son esprit comme l’état d’absorption ; réalisation ultimement du svabhavakaya ou corps essentiel (union et inséparabilité des trois corps de l’éveil).


Les engagements sacrés du vajrayana


Une initiation véhicule par elle-même une grande influence spirituelle, une puissante bénédiction, et un grand mouvement de compassion.

Cependant, le bienfait que le disciple retirera de l’initiation dépend grandement de l’observance des vœux de samayas (engagements sacrés) qui l’accompagnent. Le mot tibétain pour samaya est tamtsik, qui signifie littéralement « parole sacrée ». Tam signifie « sacré » et tsik « parole ». Un vœu de samaya est donc une parole sacrée, une promesse solennelle d’engagement.

Il est dit que si le disciple les respecte, il montera vers la libération, tandis que s’il les transgresse il chutera dans les monde inférieurs. En effet, selon le symbolisme du bambou, l’adepte du vajrayâna est semblable à un serpent engagé à l’intérieur d’un bambou : il n’a que deux possibilités, monter ou descendre. Il n’y a pas de troisième voie.


Les "grandes initiations"


Il est habituel, de nos jours, dans le bouddhisme tibétain, de conférer des initiations à une assemblée de disciples parfois importante, réunie dans un environnement rituel.

Il faut toutefois rappeler que l’initiation est avant tout un rite individuel, et qu’elle engage le maître envers le disciple et le disciple envers le maître. Ainsi, dans les temps anciens, les mahasiddha ne la conféraient qu’à une seule personne à la fois ou alors à un petit groupe.

De fait, lorsqu’un maître confère une initiation à toute une assemblée, il ne demande pas aux participants non préparés de s’engager dans les visualisations ni de prendre des vœux spécifiques de samaya. Il s’agit alors et en réalité d’une initiation au sens d’une simple bénédiction, comme une graine plantée pour l’avenir. Pour les disciples engagés, l’initiation doit être accompagnée d’une lecture orale rituelle des textes de sadhana à pratiquer appelée : lung en tibétain, ainsi que d’un enseignement spécifique sur le yidam de la pratique.


Bibliographie minimale


Kalou Rimpotché : Bouddhisme Ésotérique - Tradition tibétaine (Vernègues, Ed. Claire Lumière, 1993)

Philippe Cornu : Dictionnaire Encyclopédique du Bouddhisme - Nouvelle édition commentée (Paris, Ed. du Seuil, 2006)

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