Partager l'article ! Hommage à Alexandra David Neel: Exploratrice et orientaliste française, Alexandra David-Neel est née à Saint-M ...
"Le Japon m'a déçue, mais sans doute tout m'aurait déçue dans mon état d'esprit. Je ne nie pas les sites charmants d'Atami ; durant mon retour en chemin de fer, j'ai traversé des régions
montagneuses ravissantes, mais on peut en voir d'à peu près semblables dans les Cévennes, les Pyrénées, ou les Alpes ! tandis que les Himalayas sont uniques.
A vrai dire, j'ai le "mal du pays" pour un pays qui n'est pas le mien. Les steppes, les solitudes, les neiges éternelles et le grand ciel clair de "là-haut" me hantent ! Les heures difficiles, la faim, le froid, le vent qui me tailladait la figure, me laissait les lèvres tuméfiées, énormes, sanglantes. Les camps dans la neige, dormant dans la boue glacée, tout cela importait peu, ces misères passaient vite et l'on restait perpétuellement immergé dans le silence où seul le vent chantait, dans les solitudes presque vides même de vie végétale, les chaos de roches fantastiques, les pics vertigineux et les horizons de lumière aveuglante. Pays qui semble appartenir à un autre monde, pays de titans ou de dieux ? Je reste ensorcelée.
J'ai été voir là-haut, près des glaciers himalayens, des paysages que peu d'yeux humains ont contemplés, c'était dangereux peut-être et comme dans les fables antiques, les déités se vengent. Mais de quoi se vengent-elles ? de mon audace d'avoir troublé leurs demeures ou de mon abandon après avoir conquis une place auprès d'eux ? Je n'en sais rien, pour le moment je ne sais que ma nostalgie."
Alors elle repart en Chine qu'elle traverse d'est en ouest, où elle rencontre des érudits tibétains, puis c'est le Gobie, la Mongolie, et une pause de 3
ans au monastère de Kumbum au Tibet. Et c'est finalement déguisée en mendiante qu'elle atteint Lhassa en 1924. Elle 56 ans. Dénoncée, elle est contrainte de rentrer en France. Toute sa vie elle
conservera la nostalgie des Himalayas. Elle ne posera définitivement ses malles qu'à 78 ans.
"Vois l'immense succès de Bergson, excuse ma témérité, mais je crois avoir beaucoup plus à dire que lui"
Dans toutes ses conférences sur le bouddhisme ou l'hindouisme, elle s'insurgeait contre l'orientalisme dévitalisé, mort, des érudits européens,
"orientalisme de pacotille" qui s'attachait davantage à l'histoire des religions qu'à la spiritualité vivante. Ainsi, déjà en 1911, à l'âge de 43 ans, elle écrivait à son mari : "Vois
l'immense succès de Bergson, excuse ma témérité, mais je crois avoir beaucoup plus à dire que lui."
Et comment ! "La femme aux semelles de vent", comme la baptiseront ses biographes Jean Chalon et Jacques Brosse, laisse derrière elle une trentaine d'ouvrages qui ouvriront l'occident au coeur
des sagesses bouddhistes et hindouistes. Voyage d'une parisienne à Lhassa, Le Bouddhisme du Bouddha, et Les enseignements secrets des bouddhistes tibétains sont, parmi
ses ouvrages, de lumineuses invitations au voyage intérieur.
Nous vous offrons ici l'occasion unique de l'entendre dans la vidéo qui suit.